Coopération et prévention : une bonne recette !

Par Jean-Pierre Girard, expert-conseil en entreprises collectives

Depuis 8 ans, en siégeant au bureau de direction de l’Organisation internationale des coopératives de santé, par différents séjours en Europe, en Amérique du Sud et en Asie, j’ai pu observer de près des réseaux de coopératives de santé tout aussi impressionnants les uns que les autres, quelque chose de fort différent avec ce qui existe en ce moment au Québec dans ce domaine.

Au Brésil, ce sont 110 000 médecins regroupés dans des coopératives de producteurs sous le nom d’UNIMED, une organisation qui comprend des cliniques, des hôpitaux, des centres de recherche, des compagnies d’assurances et un regroupement national. Question de vous représenter la taille de cette organisation, imaginez qu’en proportion, c’est celle du Mouvement Desjardins, mais en coopérative santé ! En Espagne, près de 30 000 médecins sont associés à des coopératives leur appartenant. Ces organisations regroupées dans la fondation Espriu, comprend aussi un hôpital à Barcelone qui est détenu par une coopérative regroupant ses patients. Une visite de son urgence est d’ailleurs une expérience unique : nous sommes à des années-lumière de la cohue, du côté impersonnel et des attentes infinies de nos urgences montréalaises. Le patient étant au centre des préoccupations, la salle d’attente est lumineuse et confortable, l’attente est réduite au minimum, l’équipement est moderne, il n’y a pas d’encombrement de civières dans les allées, on ne se sent surtout pas un numéro ! Parmi toutes ces expériences, une retient mon attention, celle du Japon. J’y ai d’ailleurs organisé et dirigé une mission d’études à l’automne 2007, mission à laquelle ont notamment participé 9 personnes du Québec.

Outre qu’il s’agisse d’un réseau de coopératives de santé de type consommateur, dans lequel le personnel médical joue aussi un rôle sur le plan de la gouvernance, ce qui est franchement remarquable est l’emphase mise sur les actions de prévention. Ce qu’il y a de particulier, ce sont les groupes Han. Sur une base volontaire, de 10 à 20 citoyens membres de la coopérative s’engagent dans une série de rencontres qui vont s’étendre sur quelques années, généralement une fois par mois, pour s’imprégner de la philosophie Han. Tout d’abord, les participants vont s’appliquer un certain nombre de tests de mesure de santé, pression sanguine, taux de sel dans l’urine, etc. On compare les résultats et les compile. Ils seront transmis à la coop santé et colligés dans le dossier du patient. Si une anomalie est observée, une intervention peut donc se faire sur le champ. Par la suite, selon le moment de l’année, il est possible qu’un professionnel de la coopérative vienne pour un exposé. Ainsi, à l’automne, une infirmière parlera des mesures en vue de se protéger de la grippe. On enchaîne avec une séance d’activité physique. Les rencontres ne se terminent pas sans le rituel du thé vert, en d’autres mots, le moment de socialisation entre les participants. Voilà un effet indirect de ce programme : il contribue à briser l’isolement, un facteur de risque sur le plan de la santé dont il est souvent fait peu écho.

Information :
www.cdrol.coop/sections/communications/Rapport-coop-sante-Japon.pdf
jpg282000@yahoo.ca

La délégation de la mission d’études à Tokyo. Photo : Jean-Pierre Girard

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