Coopérative de solidarité Entre-Nous
Faire son nid
Par Laurence Hallé
Le jeudi après-midi est l’unique moment de la semaine où Viviane n’a rien à son agenda. « Je lui ai demandé de ne rien y ajouter pour que je puisse aller la visiter dans sa nouvelle maison et jaser un peu avec elle », explique Ginette Landry, la mère de Viviane. Depuis janvier dernier, la jeune femme de 22 ans s’est installée avec cinq autres personnes, aussi atteintes de défi cience intellectuelle, dans une maison du quartier Sainte-Rose à Laval.
La Coopérative Entre-Nous est la première du genre au Québec, où les résidents de la maison unifamiliale sont copropriétaires. La motivation première des fondateurs de la coopérative, tous parents de l’un ou l’autre des résidents, aura été d’éviter le scénario habituel des familles d’accueil où la durée moyenne de séjour oscille entre cinq et sept ans. « Nous voulions leur assurer un chez-soi qui leur appartiendrait, en prévision du jour où nous ne serons plus là et c’est ce que le modèle coopératif nous a permis », souligne Lise Bergeron, mère de Dominique et présidente de la coopérative.
Une patience monastique Si les parents se félicitent aujourd’hui d’avoir mené à bon port leur projet, la route aura été parsemée d’embûches. La maison a particulièrement été ardue à trouver tant et si bien qu’ils en étaient venus à visiter les nouvelles constructions. Les démarches ont débuté en 2007 mais l’idée trottait déjà dans la tête de plusieurs parents depuis quelques années. « Je savais qu’un jour ma fi lle Dominique aurait sa maison bien à elle, mais je n’avais aucune idée de comment j’allais réaliser cela », mentionne Lise Bergeron, l’une des membres fondatrices. Le Centre de réadaptation en défi cience intellectuelle (CRDI) Normand-Laramée de Laval a d’abord pris soin de vérifi er la compatibilité des futurs colocataires.
Le groupe a fait preuve de beaucoup d’imagination dans la recherche de leur fi nancement. Ils ont fait appel à la CDR de Montréal-Laval et la Fédération des coopératives d’habitation intermunicipale du Montréal métropolitain (FECHIMM) qui ont étroitement collaboré. Les parents ont reçu un don de 100 000 $ de la Fédération québécoise en déficience intellectuelle. Couche-Tard leur a également promis 60 000 $ et la Fondation Alhambra International a prêté sans intérêt une somme de 50 000 $, à laquelle s’ajoute 10 000 $ de dons de sa division québécoise.
Une pérennité assurée
Les parents souhaitent éviter qu’un démantèlement soit possible. L’argent donné devra être remis si la vocation de défi cience intellectuelle de la maison devait changer. « Intention que les parents n’ont pas », assure Lise Bergeron. Le conseil d’administration d’Entre-Nous est formé de six représentants des résidents de la maison, en plus de trois personnes extérieures, s’assurant ainsi la majorité lors des prises de décisions. Pour les six résidents, âgés de 22 à 51 ans, la transition s’est faite tout en douceur. Les enfants s’y plaisent, peut-être un peu trop au goût des parents. « Il arrive que Viviane s’embête lorsqu’elle passe la fi n de semaine chez nous », pouffe Ginette Landry. Afi n d’encadrer les activités des uns et des autres, une éducatrice a été embauchée par la coopérative, de même qu’un aide ménager et quelques infirmiers. Ce sont donc les employés, plutôt que les résidents, qui vont bouger d’une maison à l’autre.
Coopérative de solidarité Entre-Nous
Téléphone : 450 689-5174
bouchard.jean-marie@videotron.ca
Les six résidents de la coopérative sont très fi ers de pouvoir enfi n dire : « Bienvenue dans notre maison, nous sommes les propriétaires ! »


