Coopératives de santé : Le ministre Bolduc prône un recentrage sur la mission communautaire

Par Gaétan Beaulière

Les avantages que procure l’ouverture de coopératives de santé, tout particulièrement en milieu rural, ne sont plus à prouver. Leur nombre grandissant ne laisse aucun doute quant à leur succès. Mais afi n de révéler tout leur potentiel, elles doivent être gérées avec en tête l’intérêt de l’ensemble de la communauté.

C’est en substance ce qu’a révélé le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, en entrevue avec le Coopoint.

« C’est un modèle d’affaires qui est très intéressant : ça permet à certaines communautés de mettre sur pied une organisation de santé en collaboration avec plusieurs partenaires, dont la municipalité. On en a beaucoup. Les gens y font de la très belle pratique, et c’est bien organisé », affirme le ministre en faisant référence à la quarantaine de coopératives de santé du Québec.

Il remarque par ailleurs que les services fi nancés à même les parts sociales et les contributions des membres offrent dans plusieurs cas un complément aux services de médecine proprement dit : « Il y a des coopératives qui exigent des frais, mais qui se servent de cet argent pour donner des services à leurs patients, notamment sur le plan de la prévention. C’est un des avantages du modèle coopératif.»

Garantir l’accès universel

Il est louable que la mobilisation des membres d’une communauté puisse permettre d’attirer un médecin en milieu rural, ou même en milieu urbain, en le délestant des responsabilités administratives rattachées à l’ouverture d’une clinique, selon lui. N’empêche, cela doit s’eff ectuer en harmonie avec le principe d’accès universel aux soins de santé.

Cela amène le député de Jean-Talon à exprimer son « objection » à certaines pratiques permettant des « abus », et qui sortent donc de ce cadre. « Il y a une contrainte que je vois, qui est problématique et qu’on veut corriger. Lorsque la clinique qui dit “Vous autres on vous facture et il n’y a que vous qui avez droit aux services” alors qu’il n’y aura pas d’autres médecins dans cette ville, ça devient une ville où une contribution obligatoire est exigée de la part des usagers qui ont besoin de services, ce qu’on ne peut pas accepter au Québec », laisse tomber le ministre.

De manière à ne pas enfreindre l’esprit des lois québécoises sur l’accès aux services de santé, il est crucial que « ceux qui n’ont pas payé ne soient pas désavantagés ». D’autant que, dans un contexte de pénurie, le patient n’a « aucun pouvoir de négociation », ce qui peut le contraindre à « payer un frais de sa poche pour avoir accès à ce service ».

Au cours des prochains mois, le Ministère dirigé par Yves Bolduc mettra en place un encadrement réglementaire ou législatif de manière à baliser ces pratiques. « Nous surveillons ça, pour que le modèle [coopératif] survive et vive bien. [Pour cela], il important que les règles du jeu soient claires pour les patients. Et notre règle de base c’est : un patient ne devrait pas avoir de limitation à l’accessibilité s’il décide de ne pas payer. »

Toutefois, il ne fait aucun doute pour le ministre qu’un développement des coopératives de santé est possible dans le respect de ces règles. « D’ailleurs, c’est un modèle qui fonctionne très bien à plusieurs endroits […] Ce qu’on ne veut pas, c’est le modèle où [les parts de membres], c’est une façon de facturer des tickets modérateurs aux clients », déclare-t-il.

Un recentrage sur la mission communautaire, en somme, exclurait toutes les pratiques « problématiques » préoccupant le Ministère. « La coopérative de santé est un modèle qui répond aux besoins de certaines communautés. Il faut vraiment le voir de cette manière là », insiste monsieur Bolduc.

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