Entrevue avec le député de Québec solidaire, Amir Khadir
Amir Khadir, médecin spécialiste en microbiologie-infectiologie, est le député de Mercier élu à l’Assemblée nationale pour Québec solidaire depuis 2008 et membre de la Commission des affaires sociales. Il est actif depuis des années à l’international pour des projets sociaux, communautaires et médicaux. Il a présidé l’organisme SUCO (Solidarité, Union, Coopération) et il s’implique auprès de plusieurs organisations comme la Coalition des Médecins pour la Justice Sociale, Aide médicale à la Palestine et Médecins du Monde. Fervent défenseur de la justice, les valeurs de la coopération lui collent à la peau.
Le glas de l’économie traditionnelle a sonné, place à la coopération
Par Laurence Hallé
Amir Khadir n’a pas l’habitude de mâcher ses mots. Pour lui, la récente débâcle du milieu financier est le signal supplémentaire, si besoin était, que le privé doit faire une plus grande place à la coopération. Pour l’unique député élu du parti de Québec solidaire, le régime économique qui prévaut a été contaminé par une mentalité mercantile et doit se recentrer sur des bases humaines.
Face à la déroute du modèle économique traditionnel, « dont les promesses étaient vaines et fausses », il ne fait aucun doute pour le député de Mercier que la solution réside dans une économie mixte, où le modèle coopératif partagerait la place équitablement avec l’État et le privé. Le politicien ajoute qu’il faut remettre l’économie au service de l’individu et non l’inverse, comme c’est le cas à l’heure actuelle. « La coopération fait partie de la solution », dit-il.
La prise en main grâce à la coopération
La fin de la mainmise du privé et la multiplication des coopératives permettraient, au final, l’enrichissement des citoyens, estime Amir Khadir. Le capital ainsi créé demeurerait dans la province, puisqu’une entreprise détenue par ses membres préservera ses emplois ici, alors que les multinationales les relocalisent bien souvent en Chine et en Inde. Pour Québec solidaire, l’État aura aussi son rôle à jouer dans cette préservation de la richesse par la régularisation des ressources naturelles. Gérer ces secteurs sur une base coopérative permettrait aux citoyens de se prononcer sur les projets envisagés, « afin d’éviter qu’une société d’État soit socialement irresponsable », ajoute-t-il. Amir Khadir ajoute qu’il reviendra également au gouvernement de s’attaquer à la longue lutte du changement de mentalité de la population face au modèle coopératif, souvent perçu comme l’apanage des pauvres. « Il faut une forte volonté politique et des réglementations qui incitent les petits entrepreneurs à adopter le modèle coopératif », souligne-t-il.
Redonner le pouvoir aux citoyens
Le député rappelle que la coopération a joué un rôle de première ligne à l’époque de la Révolution tranquille. Les Québécois, qui avaient intériorisés jusque-là le discours du né pour un petit pain, se sont alors donnés le pouvoir d’agir, et ce, à travers le modèle coopératif. « C’est au centre de notre identité moderne, et ce n’est pas pour rien que la communauté internationale vient s’abreuver de notre savoir en la matière », croit-il.
Tout ce programme implique de délester les Québécois du cynisme ambiant face aux autorités. « Ils sont blasés oui, mais devant ce qui leur est offert en ce moment et face aux conséquences qui en ont découlées », plaidet- il. Amir Khadir soutient que les citoyens se sentent dépossédés du pouvoir et qu’il faut favoriser un système politique participatif. Ce à quoi le modèle coopératif fait écho, se présentant ainsi sous le jour du meilleur modèle économique selon Amir Khadir, puisque d’une part il permet de faire beaucoup d’argent et qu’il implique aussi des valeurs démocratiques de première importance. La responsabilisation accrue pour les citoyens qui s’ensuivrait d’un tel remaniement de société n’inquiète pas outre mesure le député, qui estime biologiquement impossible pour un être humain de refuser des libertés offertes sur un plateau d’argent.


