Les coopératives… des entreprises de valeurs
ÉGALITÉ ET ÉQUITÉ
Nancy Neamtan est présidente-directrice générale du Chantier de l’économie sociale, une corporation autonome rassemblant les promoteurs et les partenaires de l’économie sociale au Québec, depuis 1996. Elle a cofondé et dirigé le Regroupement pour la relance économique et sociale du sud-ouest de Montréal (RÉSO), en plus de mener à terme de nombreux dossiers qui ont contribué au développement de l’économie sociale au Québec.
Par Nancy Neamtan
Alors que nous approchons de l’Année internationale des coopératives, l’occasion est belle de rappeler le rôle central de deux valeurs qui sont au cœur du mouvement coopératif : l’égalité et l’équité.
Au premier regard, ces mots sont simples. En réalité, ce sont des concepts profonds et lourds de conséquences. La recherche d’égalité et d’équité fut à l’origine de vastes mouvements de transformations sociales, voire de révolutions, qui ont bouleversé les sociétés au cours des derniers siècles. Aujourd’hui, ces mots sont trop souvent déformés ou vidés de leur substance. Il est temps de les réexaminer en se posant notamment la question suivante : en quoi la coopérative est-elle porteuse des valeurs d’équité et d’égalité ?
D’entrée de jeu, précisons le sens de ces termes. L’égalité renvoie à l’idée que toutes et tous doivent être traités de la même manière, avec la même dignité, et doivent disposer des mêmes droits, tout en étant soumis aux mêmes devoirs. Mais il importe aussi de reconnaître que chacun est différent et, en conséquence, qu’une véritable égalité doit tenir compte des capacités et des besoins individuels. C’est pour cette raison qu’on y associe souvent le concept d’équité, compris comme un sens naturel de la justice dans l’appréciation de ce qui est dû à chacun, une évaluation de ce qui est la juste part des personnes en tenant compte de réalités différentes.
Il n’y a pas de doute : la valeur de l’égalité est pleinement imbriquée dans la formule coopérative. Les principes fondateurs, comme « une personne, un vote », la gestion démocratique par les membres et la primauté des personnes sur le capital font en sorte que tous les membres ont une voix égale dans les décisions sur le destin de la coopérative. En retour, chaque membre a des devoirs égaux envers l’organisation. La formule coopérative se distingue par sa capacité d’inscrire l’égalité dans le fonctionnement même de l’entreprise.
Mais l’égalité ne mène pas nécessairement à l’équité. Par exemple, comment s’assurer que les choix collectifs au sein d’une coopérative tiennent compte à la fois des divers besoins des membres et de leurs capacités différentes ? Comme dans tout exercice démocratique, comment s’assurer que chacun comprenne les enjeux sur lesquels se prononcer, peu importe sa place dans l’organisation, son niveau de scolarité ou sa disponibilité ? Comment reconnaître la contribution de chacun tout en tenant compte de son contexte familial, professionnel ou autre ?
Il n’y a pas de recette miracle pour assurer le respect des valeurs d’égalité et d’équité. Dans les sociétés modernes et complexes, le pouvoir issu d’un accès privilégié à l’information, à des relations avec les détenteurs de capitaux et à l’influence envahissante de la culture d’entreprise capitaliste sont autant de pièges qui peuvent miner le respect de ces deux valeurs au sein d’une coopérative. Mais ce ne sont pas des embûches insurmontables, au contraire. La majorité des coopératives réussissent à préserver et défendre ces valeurs précieuses. Elles réussissent parce qu’elles en font un défi quotidien, inscrit au cœur de leur mission. En fait, il n’y a pas d’autres solutions. On ne peut jamais tenir pour acquis le respect de l’égalité et de l’équité ; il faut y travailler constamment !
Si ces valeurs ne sont jamais acquises définitivement au sein des coopératives (ni au sein de la société dans son ensemble), il en va de même pour l’ensemble du mouvement. On ne le répétera jamais assez : le mouvement coopératif ne peut se définir et se construire simplement sur la base d’une structure juridique. Ce sont les valeurs et la vision s’exprimant à travers cette structure qui doivent être à la fois le ciment de ce mouvement et la piste de décollage pour son développement et son épanouissement. Ces valeurs doivent être la base de la main tendue vers d’autres qui partagent les mêmes valeurs et la même vision, et ce, au-delà des réalités ou des structures qui diffèrent.
Au Chantier de l’économie sociale, nous croyons plus que jamais à l’importance des coopératives et de la formule coopérative comme composantes essentielles d’une société juste, démocratique, égalitaire et équitable. Nous saluons le mouvement coopératif à la veille de cette année historique. Nous souhaitons ainsi nous joindre aux célébrations sur la base de ces valeurs communes qui nous animent et nous lient dans la recherche d’un monde meilleur.


